News Letter n°2
En ce samedi de fin juin qui signe le début des vacances estivales en dépit de la légère pluie qui rafraîchit la ville, nous passons près du Musée des Arts Décoratifs que nous fréquentons régulièrement tant pour les expositions temporaires que pour ses collections. Nous y entrerions volontiers mais il n’est pas 10 heures et l’établissement n’ouvre qu’à 11. Un peu déçus, nous nous dirigeons vers le Jeu de Paume avec l’espoir de satisfaire notre appétit culturel. Le temps de nous y rendre 10 heures ont sonné mais là encore nous trouvons porte close. Un couple de touristes animés des mêmes intentions que les nôtres exprime sa déception de manière cinglante : « Grasse matinée ! ».
Je n’ai aucune envie de jouer au grincheux d’autant que le Louvre et l’Orangerie ouvrent à 9 heures pour fermer l’un à 18h, l’autre à 17h30. Viennent ensuite Orsay qui pratique le 9h30 – 18h et le MAM de la ville de Paris qui ferme à la même heure mais n’ouvre qu’à 10h. Si Beaubourg n’accueille qu’à partir de 11h, le Centre compense ce réveil difficile par une fermeture à 22h, tout comme le Palais de Tokyo qui se visite de 12h à 0h00.
La lecture de ce paragraphe indigeste ne doit pas vous décourager et peut-être incitera-t-elle les responsables de nos musées à envisager une harmonisation, des horaires d’ouverture, basée sur un accueil légèrement plus matinal des visiteurs ! à 10h ou à 9h ? Cela me semble important pour le rayonnement de notre capitale d’un point de vue économique, touristique et culturel.
Traversant les Tuileries, nos pas nous conduisirent à l’Orangerie où nous nous rendons d’ordinaire avec moins d’assiduité. Par chance l’exposition conçue par Werner Spies « Les archives du rêve » ne s’achèvera que dans deux jours. Du bonheur à l’état pur tout au long des 200 dessins de l’exposition car le dessin qu’il soit esquisse ou croquis, achevé ou pas, au crayon, pastel ou fusain, s’adresse à nous avec la modestie de ses moyens. Il accède à nos sens sans user de l’autorité magistrale du tableau, parfois même de sa grandiloquence. Du coup, nous l’abordons en ami, nous admirons sans complexe sa virtuosité, nous en aimons même ses maladresses quand il les montre. Le dessin, c’est aussi la peinture mise à nu, le peintre dans ce qu’il a de plus dépouillé, une certaine vérité de l’artiste qui nous la fait voir, là en face de nous. L’exposition a aussi de plaisant qu’elle propose des œuvres rares comme les deux Segantini ou la magnifique « digue la nuit » de Spilliaert sur laquelle elle se referme. On y voit, ou plutôt : on y voyait aussi, le dormeur de Seurat nappé d’une lumineuse obscurité, des Kupka « satyriques » d’avant Kupka, des Degas qui ont peut-être inspiré Picasso comme cette femme assise dont la chevelure cache le buste et le visage, et tant d’autres choses…
Sur les murs peints en rouge ou en gris, les salles sont présentées par de courts textes de Werner Spies qui révèlent avec clarté l’esprit des œuvres que nous allons rencontrer. Ces textes ne prétendent pas à l’explication des œuvres, ils nous mettent sur la voie de leur perception. Un exemple à suivre et une exposition qui devrait m’inciter à suivre de plus près la programmation de l’Orangerie.
Avant qu’il ne soit trop tard, je vous conseille le nouvel accrochage des collections au Centre Georges Pompidou. J’y ai perçu l’effervescence de la création du XXème siècle que rendent parfaitement les nombreux facsimilés de couvertures de revues et les vitrines consacrées à certaines d’entre elles comme la revue hongroise MA fondée en 1916 par Lajos Kassák. Là aussi des surprises comme la salle consacrée au peintre musicaliste Henri Valensi et à son film « La symphonie printanière ». Si je me réjouis d’y trouver des œuvres de Gaudier-Brzeska, il me semble que le trop grand souci de nous faire découvrir des artistes mal connus ou ignorés, s’il est généreux, ne doit pas nous laisser croire à une nécessaire remise en question de l’histoire de l’art moderne. Il est vrai que de nos jours les institutions ont tellement peur de se tromper qu’elles parent à toute éventualité. Mais elles devraient savoir que ceux qui ont été les acteurs marquant du siècle dernier, sont bien ceux que nous connaissons d’une part et que, d’autre part, le destin de toute institution est de se tromper.
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